- « S’il est un homme qui se suffit à lui-même pour être heureux, c’est bien le sage, et il est celui de tous les hommes qui a le moins besoin d’autrui. »

- « Epicure, qui pose la plaisir comme but essentiel de l’humaine existence (…), insiste pareillement sur ‘lautosuffisance comme un grand bien : non pour satisfaire à une obsession gratuite de frugalité, mais pour que le minimum, au cas où la profusion ferait défaut, nous satisfasse’ ».

- « Epictète conseille : ‘Va te promener seul, converse avec toi-même’. Ces divers préceptes de la sagesse grecque représentent moins une apologie du dénuement qu’une recherche de la liberté totale. Ils invitent chacun à dépendre le moins possible des circonstances extérieures et à s’ancrer en soi-même. C’est une façon aussi de savourer la vie présente, sans se plaindre et sans être suspendu à l’avenir : la frugalité par exemple n’est pas une privation, elle permet d’apprécier les choses simples et la qualité plutôt que la quantité. »

- « Ceux qui ne l’ont pas goûtée revêtent volontiers la solitude des haillons de l’ascétisme et quand ils ne qualifient pas cette vie d’égoïste, ils n’en imaginent que le dénuement. Mais les vrais solitaires y savourent des moments d’exaltation intérieure et de multiples joies, des bonheurs infimes à longue résonance. Dans le jardin bruissant de la solitude, sans cesse on est porté à la caresse parce que l’attention aux choses en est le maître mot : la fleur que l’on contemple et que l’on frôle, le baiser envoyé aux nuages, le salut fait aux oiseaux. Le livre qu’on hume et qu’on entrouve n’est plus une marchandise, un produit fait de carton et de papier, il est craquant de vie, de mots et de secrets. Plus rien n’est ordinaire, tout devient très précieux – un insecte, une brindille, une pierre, une rafale de vent. Dans la solitude, je redécouvre l’émouvante fragilité des choses qui est leur duvet même et chacune m’apparaît digne d’être aimée et approchée délicatement. »

- « La vie d’ermite que ces premièrs Pères ont inventée s’avouait moins comme un retrait du monde que comme un combat contre soi-même. »

- « A demeurer longtemps solitaire, en silence, on oublie les repères habituels et le temps n’est plus compté. Les heures ne tombent plus comme une menace, un couperet, le temps devient une ample respiration. »

- « Un ermite véritable n’a pas besoin de se tenir éloigné des autres, il demeure retiré malgré le brouhaha du monde. »

- « Même si elle est recherchée et louangée, la vie solitaire de l’ermite ou du moine est ardue, emplie d’épreuves et de tentations que les premiers Pères du désert ont nommées : tristesse, crainte, désespoir, léthargie, dégoût ou ‘acédie’, sans oublier la cohorte des sept péchés capitaux dont nul n’est à l’abri. »

- « Il est bon de rappeler ici que le terme de réclusion caractéristique de la vie monastique, n’implique pas du tout la notion d’enfermement mais au contraire, d’après le latin reclusio, signifie l’ouverture. Le verbe latin recludere veut dire ‘ouvrir une porte, des portes, y compris celles du destin’. Tout solitaire qui choisit de demeurer en silence un certain temps se livre à cette tâche subtile, tout intérieure, d’ouvrir en lui des portes, de devenir poreux, d’être traverser par le monde au lieu de s’en couper. Cela correspond, bien sûr, à une ouverture de conscience, à un élargissement du coeur. Et cela conduit à passer incognito sur cette terre au lieu de s’ériger en maître, au lieu de se vanter des qualités acquises et des états spirituels approchés. »

- « On parle beaucoup de ‘vivre ensemble’, mais cet art – qui est découte et d’accueil d’autrui – ne s’acquiert que dans l’expérience de la solitude. De fait, les solitaires se comprennent très vite et n’ont pas besoin d’échanger beaucoup de mots pour s’entendre. Ayant approché l’essentiel, ils ne vont pas discuter sur des broutilles ni perdre leur temps à des choses insignifiantes. Ils ne vont pas non plus s’affronter, faire valoir leur vérité ni défendre une image de soi, parce que la solitude leur a montré leur ignorance et leur pauvreté extrêmes en même temps qu’elle les a nourris du grand silence de l’amour. »

-  » ‘L’extase de la solitude, dit Krishnamurti, vient quand vous n’êtes pas effrayé d’être seul – quand vous n’appartenez plus au monde ou que vous n’êtes plus attaché à quoi que ce soit’. »

- « Les écrans et les limitations viennent de notre cerveau autant que de notre corps, sans compter les habitudes, le manque d’imagination, la peur. Or, ces divers cloisonnements s’évaporent dans la solitude profonde, permettant l’expansion de l’être vers toutes les directions. »

« En quelques mots, voici ce qu’à travers ces pages je tenais à vous dire : ‘il y a en chacun de vous une solitude qui est ce que vous avez de plus précieux. Une solitude inaliénable, magnifique, qui est la solitude même de l’Esprit’ « . Avril 2001 – Jacqueline Kelen – ‘l’esprit de solitude’.


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Posted by admin
Dated: 19th février 2010
Filled Under: Lectura, Zen