- « (…) les joyeuses familles et les couples satisfaits sont là pour asséner à l’individu qu’être seul, c’est vivre mal, c’est vivre à moitié. (…). Les femmes surtout , (…), sont victimes de ces préjugés et même si elles se disent indépendantes, elles vivent souvent leur solitude comme une attente ou comme un abandon. Pourtant beaucoup d’entre elles y font face courageusement (…). »

- « Même si on constate que les femmes qui vivent seules sont à l’opposé du portrait stéréotypé de la vieille fille et qu’elles montrent souvent bien plus de charme, de dynamisme et d’humour que leurs consoeurs mariées et pourvues d’enfants, le soupçon pèse encore sur la tare que cacherait cette existence de célibataire et elles-mêmes se sentent parfois délaissées, peu aimées. Certaines sont qualifiées de femmes fortes et comme elles assument ce que d’autres éviteraient – le face à face avec soi-même, les heures de silence, les doutes et les questionnements -, on estime qu’elles ont une vie si remplie et une allure si libre qu’elles ne sauraient trouver de temps pour une relation amoureuse ou qu’elles se passent volontiers d’homme… Et j’omets les réflexions de quelques mufles, assurant que si des femmes, quoique belles et intelligentes, vivent seules, c’est le prix dont elles paient leur indépendance, le refus de devenir une femme au foyer. Brr… ce foyer me fait froid dans le dos. »

- « Or, le couple continue d’être véhiculé comme une image idéale de bonheur et d’amour alors qu’en fait il représente une image normative, une structure préférentielle à laquelle le plus grand nombre s’adapte et se plaît : un compromis entre la solitude et la société. »

- « Ou bien il faut en convenir : seul un solitaire peut s’entendre avec un autre solitaire – chacun respectant le silence, l’espace, l’individualité de l’autre car il en connaît le prix. »

- « La plupart des femmes seules inquiètent ou font peur (…). »

- « En vérité, les hommes ne supportent pas les femmes tristes, malades ou en détresse. Ils ne se sentent nullement une vocation de nourrice ou d’infirmière. »

- « La relation d’amitié qui respecte la distance et fête l’altérité ne connaît pas ces griefs. Faite de partage et aussi de silence, elle ne contraint pas et se maintient malgré l’éloignement. »

- « La place d’honneur qu’occupe la solitude n’entraîne nulle arrogance, elle mène bien plutôt à l’humilité. Une vie solitaire a beaucoup plus de chances d’atténuer ou de dissoudre l’ego que de le renforcer (…). »

- « L’union maritale se montre rassurante en posant des repères, des frontières, la vie solitaire paraît vertigineuse par ses possibilités d’ouverture, de disponibilité mais elle permet la communion avec tous, l’alliance avec tous les êtres vivants. »

- « Tant d’images négatives s’attachent encore à la solitude qu’il est nécessaire de redire qu’être seule n’équivaut pas à être incomplet et qu’être solitaire ne signifie pas être dépourvu d’amis, de chaleur, de tendresse. Un solitaire n’est pas un homme au coeur sec ou impassible mais un être qui a le goût du secret et de la liberté avant toute chose et qui pratique le plus souvent le retour à soi. »

- « (…) la jeune philosophe Simone Weil a pu écrire : ‘Ne te laisse mettre en prison par aucune affection. Préserve ta solitude. Le jour, s’il vient jamais, où une véritable affection te serait donnée, il n’y aurait pas d’opposition entre la solitude intérieure et l’amitié, au contraire. C’est même à ce signe infaillible que tu la reconnaîtras… »

- « Le vrai solitaire n’a rien à perdre et ne cherche à rien posséder. En rencontrant des personnes diverses, il ne craint pas le jugement d’autrui puisqu’il se connaît et s’est affermi dans son état ; il ne risque pas de perdre une image de marque qui s’est déjà évaporée et ne redoute pas la déception puisque de l’autre il n’attend nulle gratification mais avant tout le plaisir de la découverte, le goût de l’échange. Et ainsi il peut aimer l’autre d’être l’autre. »


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Posted by admin
Dated: 19th février 2010
Filled Under: Lectura, Zen