- « La vie solitaire (…) est un engagement, jamais une solution. L’expérience de solitude s’avère indispensable à tout être qui veut conquérir ou sauvegarder sa liberté (…). »
- « Résister à la facilité comme à la résignation, demeurer discret sinon secret, ce sont là de beaux titres de noblesse. Il faut un courage constant, une passion tenue – comme on dit d’une note ou d’un pari – pour oser être soi, pour ne pas renier ses valeurs ni ses rêves. »
- « (…) pour se sentir compris ou acceptés, la plupart des hommes préfèrent renoncer à leur liberté, à leur singularité. Le véritable solitaire ne cherche ni à plaire ni à être réconforté. Sa grande force vient de ce qu’il n’est point troubler par les agissements et les opinions du monde : quand on vit seul, on ne donne pas prise, on ne se situe plus par rapport au général mais par rapport à l’absolu. C’est assurément une ascèse autant qu’une quête, mais emplies de naissances et de découvertes avec, loin des rumeurs et des médisances que charrie toute foule, ‘le plaisir de rester indéchiffrable’ (…). »
- « Qu’est donc ce danger que sans cesse veut conjurer la vie en collectivité si ce n’est la découverte de soi, de ses désirs, de ses rêves personnels, de sa liberté ? Ainsi on continue de vivre ensemble pour éviter de se retrouver seul, pour se croire aimé et protégé, alors que d’être passé par la solitude permet de respecter l’autre, de l’apprécier et de ne pas le charger d’obligations diverses. Pour mener une vie aimante et intelligente, les plus malins savent disposer de moments ou de lieux de solitude, même s’ils vivent en famille : ce peut être le bureau, la cave, le jardin, l’atelier de bricolage… Là, personne ne viendra les déranger, troubler leur silence ou leur rêverie ; là, ils sont délivrés de la suspecte injonction de tout dire, de rendre des comptes, de tout mettre en commun. »
- « (…) aujourd’hui la vie en groupe est tellement encouragée que celui qui aime la solitude se voit culpabilisé ou bien maudit. »
- « Aller seul, c’est nécessairement faire sécession, ne pas pactiser avec le système en place, avec les contingences matérielles, c’est éviter d’être récupéré. »
- « (…) s’il le veut vraiment, un individu peut à tout instant s’abstraire, fermer la porte aux bruits du monde, aux sollicitations extérieures, éteindre la télévision et son flot chaotique d’images, couper le téléphone espion et intrus. Chacun a la possibilité de se retirer pour soi, si tel est son voeu. »
- « Lorsque je déclare que je ne lis pas les journaux, que je regarde très rarement la télévision, que j’écoute peu la radio, on s’étonne, on s’inquiète : ‘Mais que reste-t-il?’ Et moi : ‘Tout. La liberté’. La liberté qui se décline en silence, en musique et conversation, en lectures, en amitié, en écriture, en rêverie. Le bonheur en somme. Mais chut. »
- « Faire cavalier seul, c’est défendre sa liberté jalousement, c’est en toute circonstance sauvergarder son intégrité. Et, bien sûr, échapper. Cet état qui paraît fier s’avère surtout précaire, il est donc peu envié par des contemporains soucieux de sécurité. Le cavalier seul allie la force à la fragilité : si sa fragilité vient de sa liberté, sa force vient de la solitude. »
- « La toute-puissante pensée économique a fini par persuader chaque citoyen qu’il est beaucoup plus important de gagner sa vie que la vivre ou de la sauver ; que la sûreté de l’emploi puis de la retraite donne un sens suffisant à l’existence humaine et que le bonheur réside dans la possession – d’un travail, d’une voiture, d’une famille… La solitude nous déleste de ces faux biens et elle nous rappelle notre condition éphémère qu’aucun argent ne viendra consoler. »
- « Libre de tout pouvoir et de toute dépendance, le solitaire sait être heureux sans attendre l’approbation d’autrui. Il a conscience que les jours passent vite, qu’il ne peut pas remettre à plus tard d’aimer, de rire, de connaître, de bâtir. Il se tient volontiers à l’écart d’un monde où règne le cynisme, où s’oublie la ferveur. Il ne se dissout pas dans le genre humain ni dans une vague génération, mais il a le sens de l’amitié – relation d’égalité par excellence – il favorise les rencontres désintéressées, il aime les personnes aces lesquelles il peut aussi bien se taire que converser. Et il apprécie autant la présence d’un chat, d’un arbre, d’une pierre, que la compagnie des hommes, car tout a valeur à ses yeux. Il se moque bien de plaire ou d’avoir raison. Ce qui lui importe surtout est de ne pas s’avilir, de ne pas abjurer. Ce qu’il déteste le plus a nom insignifiance. D’où une autorité certaine qui émane de lui et qui n’est point un pouvoir. Le solitaire a compris que le but n’est pas d’asservir l’autre – c’est si banal et pour soi-même humiliant – ni de le dépasser mais bien d’exercer son courage et de faire l’apprentissage de sa propre noblesse.’
- « Sur la château de mon âme, nul ne peut régner. Nul ne peut juger ni décider à ma place. »
- « De tout temps les solitaires ont paru suspects et dangereux pour la cohésion sociale. Ils apparaissent inclassables ou souvages, marhinaux ou originaux. »
- « A faire cavalier seul (…), on gagne de ne pas s’arrêter ni s’enliser et c’est beaucoup. (…). La voie solitaire est par excellence voie nomade, avec la patience fervente, la précarité, la confiance, le questionnement vivace et l’effacement qui lui sont inhérents. (…) pour demeurer libre et vivant, de changer de monture sans arrêt. »
- « Seule une création ou une manière de vivre qui n’a pas droit de cité a des chances de demeurer vivante, c’est-à-dire dérangeante. »
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