« Plus un homme monte haut, plus nombreuses sont les privations qu’il doit s’imposer. Au sommet, il n’y a de place que pour l’homme seul. Plus il est parfait, plus il est entier ; et plus il est entier, moins il est quelqu’un d’autre qu lui-même. » (F. Pessoa)

- (…) toute conscience se révèle solitaire – ce qui mène à l’émerveillement autant qu’à la déchirure. Une conscience solitaire est rieuse et tragique. Ou tragique et rieuse. Elle ne chérit pas la souffrance ni ne goûte le malheur mais elle connaît le pric de ce qui a lieu qu’une fois, de la personne ou du moment unique, et elle se montre particulièremet sensible à leur côté passant – éphémère autant qu’irréversible.

- C’est comme si une existence humaine se résumait à trouver des occupations de toutes sortes, frivoles ou bien austères, afin d’oublier, afin de nier l’irrémédiable, la grande solitude.

- La solitude inhérente à la quête intérieure est un hommage rendu à la liberté de l’homme.

- Etre seul, c’est se tenir devant l’Inconnu. Et prendre le risque de la démesure de cet Inconnu. Dans des circonstances plus ordinaires, dans la vie quotidienne, chacun peut faire l’expérience que se retrouver seul, face à soi, équivaut à se retrouver face à l’inconnu de soi, face à un ‘je’ étranger, qui peut être terrifiant ou plein de majesté et qu iexcède le petit moi confortable, convenu.

- Quand à la belle aventure de Robinson Crusoé, (…), elle rappelle à tous, (…), que lorsqu’on est seul, on est obligé d’inventer, de créer du neuf à défaut d’imiter les autres. (…) enseigne à l’homme qui entreprend et au lieu de s’effondrer se met à la tâche, tous les espoirs sont accordés et toutes les récompenses.

- La solitude oblige. C’est l’inverse même de la médiocrité, de la facilité. Ceux qui tentent de vivre en autarcie – (…) – s’avèrent moins asociaux que novateurs : ces hommes nese contentent pas d’une vie étriquée, ordinaire.

- A la lumière de cette expérience (celle de Henri David Thoreau), on se rend compte que la vie solitaire est tout sauf une posture de rejet, de mépris ou d’amertume et qu’elle n’aboutit pas un désengagement, à un refus définitif de tout lien social et humain. Mais cette solitude pleine, vivifiante, créatrice, permet à tout individu de se receuillir, de se recentrer et aussi de faire amitié avec lui-même et avec le monde qui l’entoure.

- (…) et cela conduit à savourer l’instant, le prix de la vie, à apprécier les biens immatériels autant que les nourritures sensorielles, à créer. En soi, la solitude n’est pas plus intéressante que la souffrance : ce qui compte, c’est ce que chacun en fait, ce sont les qualités et vertus qu’on acquiert ou développe dans l’épreuve subie ou choisie. (…). L’épreuve de solitude, belle comme une rencontre amoureuse et difficile comme une maladie, a pour sens d’ouvrir et de défricher nos terres intérieures…

- Le premier fruit de solitude que l’on receuille est d’émerveillement et d’intensité.

- Toute solitude renvoie toujours aux ressources secrètes et imprévisibles de l’individu. Si je me tiens seul face à une épreuve, cela signifie déjà que je suis capable de l’affronter, de la traverser. La solitude ressemble à cette armure impalpable du jeune et souple David (de David et Goliath) : elle ne protège rien, elle ne garantit aucune victoire, mais elle permet tous les possibles, la confiance comme la ruse, le courage comme l’inventivité, elle se tient dans l’inattendu de la grâce.

- Si l’on ne se connaît pas soi-même, que peut-on offrir à l’autre que sa propre ignorance, sa pauvreté, sa détresse ?

- Il parle peu, Narcisse, il écoute, il observe, il sent le vent. (…). L’histoire de Narcisse n’est pas morale du tout parce qu’elle parle de choix personnel, de refus du banal et parce qu’elle semble, par son gracieux héros, dédaigner toute activité sociale et sexuelle, tout affairement amoureux et humain. (…). Du reste, généralement, lorsqu’un individu avance seul dans la vie, c’est qu’il a des problèmes (…). Etre bien tout seul, être seul et heureux, cela n’a rien à voir avec un mépris des humains ni avec l’égocentrisme : c’est le signe clair de la liberté. La maturité commence lorsqu’un individu se sent auteur et responsable de son existence, lorsqu’il ne demande pas aux autres de le rendre heureux, lorsqu’il n’accuse pas systématiquement les autres de ses propres faiblesses et insuffisances. Ainsi, l’idéal du sage antique – qu’il s’agisse des Epicuriens, des Stoïciens, des Cyniques… – consiste à se suffire à soi-même. Pour ne pas dépendre d’autrui, des circonstances extérieures, et pour ne pas encombrer le monde de nos plaintes, de nos ambitions. « Ne te juge heureux que le jour où toutes tes joies naîtront de toi » (…). L’expérience de solitude permet de développer la fermeté d’âme autant que l’élégance du coeur, deux traits majeur de la morale courtoise. Prendre sur soi, assumer, tenir bon, au lieu d’accabler l’autre, de le peiner ou d’excercer son emprise. C’est une voie de liberté, avec des conséquences non négligeables en des temps de globalisation, d’uniformité : personne ne peut penser à ma place, personne ne peut dire ce qui est bon pour moi, ce qui doit faire mon bonheur, ma vie. Vivre solitaire renvoie toujours à son jugement personnel, à son intuition, à son esprit critique. C’est un barrage sûr contre la manipulation mentale, la récupération sectaire, les phénomènes de mode.

- « Tout le mal vient du fait que les hommes, dans une très grande majorité, n’ont pas de vie intérieure, et pour cette raison désirent, convoitent, veulent la vie d’autrui. (Alberto Savinio, « Vie intérieure », 1944).

- Le véritable solitaire ne ressent pas le besoin d’une stabilité que fournirait un travail régulier ou une vie conjugale établie parce qu’en lui il se sent structuré et parce qu’il sait que ce qui sécurise devient tôt ou tard ce qui emprisonne.

- Dans la solitude je suis à la fois à l’écart et disponible. Je peux me livrer à l’étude ou à la prière, je peux marcher ou rester tranquille.je peux écouter, rêver, ouvrir à deux battants les portes de l’imagination. Vivre solitaire est une façon de lutter contre l’inertie sous toutes ses formes. On conçoit que cela puisse inquiéter les gens férus d’ordre et de réglementation et faire trembler l »édifice institutionnel. Toute solitude a à voir avec l’insoumission :  défi à l’esprit de système, à l’ordinaire des jours. Elle n’est pourtant pas une offense à la cité ni une violence proférée à la face des hommes. Mais, telle une lionne qu’on juge dangereuse et qu’on cherche à abattre, la solitude se défend parfois avec l’énergie du désespoir parce qu’elle a bien conscience que la vie civilisée, avec ses villes, ses autoroutes, ses machines volantes, roulantes et bruyantes, finit par dévorer toute sauvagerie. Et non l’inverse.

- La dernière chose qui reste à ceux que la vie moderne n’a ni éblouis ni laminés est bien cette part de férocité qui consiste a défendre de toute son âme ce à  quoi on tient le plus, ce qui nous paraît essentiel.

- La solitude n’est pas l’équivalent de la liberté mais elle en fonde la possibilité. (…). L’individu est maître à bord et cela est à la fois exaltant et angoissant.

- Le chemin intérieur est toujours solitaire et ensoleillé. Il requiert une vigilance de chaque instant. Pour voir et entendre les signes qu’offre le ciel et la vie. Pour accepter ou saisir les invitations, les cadeaux, les mains tendues. Pour ne pas retomber dans une existence plate, une morne survie. Une conscience éveillée sait que n’est acquis ni normal ni ordinaire, que le renouveau, l’ïnouï surgissent à chaque instant, que tout est miracle mais que notre cerveau fait barrage. Notre cher cerveau, ce petit chef… La parole de sagesse énonce que le chemin le plus long est celui qui va de la tête au coeur (…).

- (…) j’aborde activement ma solitude au lieu de la subir.


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Posted by admin
Dated: 25th octobre 2009
Filled Under: Lectura, Zen