« Il y aura toujours de la solitude pour ceux qui en sont dignes » (J. Barbey d’Aurevilly).

de l’auteur…

- « Pour dégager le paysage et voir ce qui distingue une vraie, une belle solitude, des diverses formes d’une solitude subie, malheureuse, je passerai rapidement en revue les états dans lesquels un être humain se trouve isolé.

Ainsi, quelqu’un qui ne se sent pas utile, reconnu, aimé ou compris et qui attend des autres soutien et approbation se vivra nécessairement seul. Au contraire, il existe une attitude d’orgueil et de mépris à l’égard des autres, de l’époque où l’on vit, qui engendre un retrait, une distance et qui trahit moins une solitude qu’un sentiment de supériorité et une misanthropie (définition du Petit Larousse Illustré 2006 : misanthrope = qui aime la solitude, qui fuit ses semblables ; bourru, insociable).

Par peur ou timidité, par repli ou résignation, ou encore par paresse et inertie, un individu peut se retrouver seul. Il se plaint de cette situation mais tout compte fait cet état s’avère tranquille, confortable : c’est plus facile, moins risqué que de faire le premier pas, de se confronter à autrui. On peut s’installer à vie dans cette tiède solitude, en l’aménageant et tout en maugréant : on veut croire que les relations, les amitiés tombent du ciel, on se garde bien d’essayer et d’oser.

Et puis il y a un isolement qu’engendrent sans bien s’en rendre compte les personnes plaintives, dépressives, préoccupées d’elles-mêmes. A s’apitoyer sur soi, sur le ton de l’amertume ou de la revendication, on ne suscite guère de relations amicales. Ces personnes de tout âge qui se disent isolées, délaissées, font le vide autour d’elles par leurs geignements perpétuels, par leur agressivité ou leurs frustrations. C’est leur égocentrisme aigu qui est en cause, non l’indifférence des autres.

Tous ces cas (…) sont des solitudes douloureuses, non-éclaircies. Je les appelerai des « mauvaises solitudes ». (…) Mais ces mauvaises, ces douloureuses solitudes ne sauraient faire oublier le prix irremplaçable ni les bienfaits de la vraie solitude (…). C’est cette essentielle solitude que j’essaierai d’approcher et de dire et pour laquelle il n’existe – et c’est heureux - ni remède ni solution.

(…) Et finalement les véritables solitaires se retrouvent en position de combat ou de résistance face à une entreprise sociale, politique, qui nivelle (pour faire le bien de tous) tous les états d’être, qui stigmatise toute solitude comme douloureuse, donc à soigner. ‘Habitare secum’, disaient les moines comme les anciens philosophes. ‘Habiter avec soi’, cela revient à dire : habiter sa solitude.

Le fond de l’être est d’or. Voilà où mène l’épreuve, ce que révèle la solitude. (…) Le fond de l’être est d’or. Infiniment délicat, indestructible et radieux. Et je peux y avoir accès, je peux renouer avec ce moi intemporel, originel, ‘primitif’, grâce au silence et à la méditation, grâce aux amitiés et aux rencontres amoureuses, par les émotions qui naissent devant la beauté des choses, et aussi par toutes les épreuves et les douleurs qu’offre l’humaine existence.

‘Mon poids, c’est mon amour’, notait saint Augustin. Ma joie, c’est ma solitude. »


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Posted by admin
Dated: 1st octobre 2009
Filled Under: Lectura, Zen